L’État français rachète les supercalculateurs d’Atos pour 410 millions d’euros

Pierre Perrin-Monlouis PPM

L’État français vient de formuler une offre ferme pour racheter la division stratégique « Advanced Computing » d’Atos, valorisée à 410 millions d’euros. Cette transaction, cruciale pour la souveraineté numérique française, marque un tournant dans le sauvetage du géant informatique en difficulté.

Points clés à retenir

  • L’État français acquiert la division « Advanced Computing » d’Atos pour 410 millions d’euros, incluant 110 millions d’euros de compléments de prix conditionnels
  • Cette activité stratégique génère près de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 2 500 personnes
  • La division exclut désormais les activités « Vision AI », réduisant le périmètre par rapport aux négociations de novembre 2024
  • La clôture de la transaction est prévue pour 2026, sous réserve des approbations réglementaires

L’État sécurise ses actifs stratégiques

L’offre ferme de l’État français porte sur l’acquisition de l’activité « Advanced Computing » d’Eviden, à l’exclusion des activités « Vision AI », pour une valeur d’entreprise de 410 millions d’euros, selon le communiqué officiel d’Atos. Cette division rassemble les activités de calcul haute performance (HPC), quantique, business computing et intelligence artificielle.

La valorisation se décompose ainsi :

  • 300 millions d’euros payés comptant
  • 50 millions d’euros de complément de prix conditionnel pour 2025
  • 60 millions d’euros de complément de prix conditionnel pour 2026

Cette opération répond à un impératif de souveraineté nationale.

« Je me réjouis de l’acceptation par Atos de cette offre ferme, qui est une avancée importante pour la sécurisation de l’activité stratégique des supercalculateurs », a déclaré le ministre de l’Économie.

Éric Lombard

Freedom24

freedom24-logo
Dépôt min : 1€
Garantie des fonds : 20000€
Frais : 0,02€ / action
+1 millions d’actifs
Actions & ETF & Obligations & Options

20 actions offertes*

Un périmètre réduit qui déçoit le marché

Par rapport aux négociations initiales de novembre 2024, l’offre actuelle exclut les activités « Vision AI », comprenant principalement la filiale Ipsotek acquise en 2021. Ces activités contribuent pour plus d’un tiers à la marge opérationnelle du périmètre anciennement considéré.

Cette réduction explique la baisse de valorisation depuis les premières estimations qui évoquaient une fourchette entre 500 et 625 millions d’euros. Le marché a mal accueilli cette nouvelle, la valeur d’entreprise révisée par rapport à celle communiquée en novembre 2024 reflète le périmètre réduit de la transaction.

Atos : un pari spéculatif, pas un investissement de long terme

Vous devez comprendre qu’Atos reste un pari hautement spéculatif. Ne vous laissez pas séduire par cette annonce positive : le groupe traverse une crise financière sans précédent qui rend tout investissement à long terme extrêmement risqué.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au 31 décembre 2024, Atos affiche une dette nette de 1,3 milliard d’euros malgré la restructuration récente qui a permis de réduire la dette brute de 2,1 milliards d’euros. Cette situation financière catastrophique ne permet aucune visibilité à long terme.

Le groupe a d’ailleurs été placé en procédure de sauvegarde accélérée et a émis plus de 115 milliards d’actions nouvelles pour convertir environ 3 milliards d’euros de dette en capital. Cette dilution massive a anéanti la valeur pour les actionnaires historiques.

Remise en contexte : l’effondrement d’Atos

Pour comprendre l’ampleur de la crise, rappelons qu’Atos était encore récemment un leader européen des services informatiques. Le groupe, présent dans 68 pays avec 72 000 collaborateurs, génère près de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Pourtant, la dégradation s’est accélérée ces dernières années :

  • 2023 : Dette financière brute de 4,65 milliards d’euros
  • 2024 : Restructuration d’envergure avec conversion de 3 milliards d’euros de dette en capital
  • 2025 : Dette nette encore de 1,3 milliard d’euros malgré les efforts

Cette chute spectaculaire résulte d’acquisitions hasardeuses, d’une stratégie industrielle incohérente et d’une gouvernance défaillante. Le groupe a enchaîné les pertes opérationnelles et les dépréciations d’actifs.

Meilleur PEA 2025

Stratégie de sortie pour l’État français

L’acquisition de la division « Advanced Computing » s’inscrit dans une stratégie plus large de préservation des actifs stratégiques français. Ces supercalculateurs sont essentiels pour la défense, le nucléaire et la recherche scientifique.

La signature d’une offre engageante est attendue dans les prochaines semaines et la clôture de la transaction prévue en 2026. Ce délai relativement long s’explique par la complexité de séparer ces activités du reste du groupe.

Une valorisation qui interpelle malgré les risques

D’après Investing Pro, le juste cours de l’action Atos s’établit à 54,98€, soit un potentiel de plus-value théorique de 45,4% par rapport au cours actuel. Ce lundi, l’action affiche un repli de 1,93% à 37,85€ au moment où nous rédigeons cet article, illustrant la méfiance persistante des investisseurs.

Attention : cette valorisation théorique ne garantit absolument rien. Malgré l’annonce de l’État français, rien n’assure un rebond du titre à court terme. Les fondamentaux restent dégradés et la situation financière précaire.

On achète l’action Atos, ou pas ?

Si vous envisagez d’investir sur Atos, limitez-vous à du trading court terme avec un capital que vous pouvez vous permettre de perdre intégralement. Cette action peut encore offrir des opportunités spéculatives ponctuelles, notamment sur les annonces de restructuration ou de cessions d’actifs.

En revanche, oubliez tout investissement de long terme. Le bilan reste catastrophique, la visibilité nulle, et le secteur ultra-concurrentiel. Même si cette cession apporte de la trésorerie, elle ne résout pas les problèmes structurels du groupe.

Pour vos investissements patrimoniaux, orientez-vous plutôt vers des valeurs technologiques européennes saines comme SAP, ASML ou Capgemini. Ces entreprises offrent une croissance durable sans les risques existentiels d’Atos.

L’Assemblée Générale mixte d’Atos se tiendra le 13 juin 2025 au siège social, avec retransmission en direct. Les actionnaires pourront y suivre l’évolution de cette restructuration historique.

Photo of author
5 2 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
0
Nous aimerions avoir votre avis, laissez un commentaire.x